Je viens de passer un excellent weekend de Pâques, très reposant ! Pour la première fois depuis longtemps.

Vous allez me dire, et je vous entends déjà : « on est content pour toi mais en fait…on s’en fiche un peu ! »

Eh bien, vous ne devriez pas car mon expérience de weekend heureux vous concerne tous.

Suis-je allé dans une destination exotique aux plages paradisiaques me faire masser d’onguents odorants aux mille vertus relaxantes ? Non !
Ai-je passé le weekend en forêt en totale autonomie, rangers, sac à dos, feu de branchages ? Non !

Une retraite méditative dans quelque monastère ou ermitage ? Non !

En fait, je suis tout simplement resté chez moi à Paris mais…j’ai osé me déconnecter !

Mon téléphone portable s’étant retrouvé déchargé Vendredi soir, j’ai pris la décision de ne pas le recharger du weekend. Je me suis débranché !

Pendant trois jours, pas d’appels entrants ni sortants, pas d’emails, ni pros, ni perso, pas de consultation des réseaux sociaux, pas de whatsapp, de LinkedIn, d’apprentissage de l’espagnol, de quotidien électronique, de vidéos débiles de chats qui rient ou d’humoristes sans humour, de crashes de bonbons, de nouvelles d’amis perdus de vue depuis 30 ans dont je ne veux pas de nouvelles, pas de recette du célèbre Mojito Royal du Miami Beach Casino ou de photos du dernier repas de « l’ami » expatrié à 6000 km d’ici dont on se fiche comme de l’an 40. Pas de like, pas de kudos, pas de dings et de dongs intempestifs.

…et le résultat a été le suivant : en me déconnectant d’un monde somme toute virtuel, je me suis reconnecté à moi-même, à mon environnement immédiat, à mes proches, à mon entourage, c’est-à-dire…au monde réel !

Je me suis senti vivre ici et maintenant.

Le silence et surtout…quelle paix !!!

Mon royaume : les quelques mètres cubes d’air qui m’entourent, celui que je respire, la lumière du jour, la nuit étoilée. La voix directe des personnes à proximité immédiate, le chat réel pas virtuel et pas drôle du tout de la voisine, la vie quoi, la vraie !

Cette expérience du relativisme par rapport à l’orthèse électronique qu’est mon smartphone, m’a fait prendre conscience de l’inflation disproportionnée des tâches inutiles que j’accomplis au cours d’une journée de dépendance.

Question : mon smartphone, de par ses fonctionnalités et les possibilités qu’il offre, me permet-il de mieux faire ce que j’ai à faire, ce qui en soi justifierai le temps que je lui consacre au cours d’une journée normale, ou alors, me permet-il seulement de combler certains moments de vacuité et d’ennui, substitut directement accessible, simple mais peu satisfaisant à l’introspection et à la méditation ? Voire, induit-il des comportements cognitifs addictifs, des gestes non-contrôlés, le besoin de consulter et de tapoter de manière intempestive, tout comme les fumeurs ont besoin du geste de fumer plus que de la fumée de la cigarette elle-même ? Vaste problème et la réponse doit être probablement une combinaison de tout cela.

J’ai pris conscience que je suis devenu, comme nous tous, l’esclave consentant de mon smartphone. Mais pendant quelques heures, je me suis affranchi de ce joug, j’étais redevenu moi-même.

Avant de conclure, j’aimerais évoquer le développement exponentiel dans nos villes d’une nouvelle espèce d’humanoïdes, celle du « zombie électronique ». Nous en avons tous vu, nous en sommes peut-être tous, potentiellement, à l’un ou l’autre moment de la journée. Petite description rapide. Le zombie électronique est un individu d’origine humaine dont les pas sont guidés par une machine qu’ils brandissent à deux mains devant eux, telle une coupe d’offrandes présentée aux idoles de la tribu. Leurs deux pouces, pris d’une transe épileptique, sont engagés dans une danse frénétique sur le parvis sacré du clavier. Les individus de cette nouvelle espèce ne sont plus maîtres d’eux-mêmes ; présents physiquement mais absents à eux-mêmes et au monde, ils n’ont plus aucun contrôle sur leur environnement immédiat. Ils vous foncent dessus comme si vous n’existiez pas, et en fait, fascinés par la vidéo de la recette de la mousse au chocolat de tante Macotte qu’il visionnent dans les couloirs du métro, ils ne sont concernés ni par leur sécurité, et encore moins par la vôtre. Lors de rencontres face à face avec de tels individus, vous devez faire attention à vous-mêmes et … à eux, perdus qu’ils sont sur les autoroutes de l’information.

Lors de telles rencontres j’avais pour habitude de m’écarter afin d’éviter la collision…je ne le fais plus … Débranche !