Physiologiste de formation et surtout d’état d’esprit, mais loin d’être un spécialiste du fonctionnement cérébral, il me semble que l’intelligence devrait être définie de la manière suivante : ce serait la capacité de créer des connexions neuronales destinées à traiter de l’information sensorielle et, ainsi, donner du sens à celle-ci. Cette faculté permettrait de transformer une importante masse informe de signaux, à priori neutres, en information priorisée, organisée, interprétable, en un mot, porteuse de sens.
L'intelligence peut-elle être artificielle ? Par Smart Sciences RH
Selon moi, l’intelligence, contrairement à son support, n’est ni naturelle ni artificielle ; elle EST. Point !

La seule chose que l’on puisse dire à propos de l’intelligence dite artificielle est qu’elle est non-humaine, ou plutôt extra-humaine car, elle s’exprime de manière indépendante au support naturel, organique, qu’est le cerveau. Ce que je veux dire par là, c’est que le support lui-même ne définit pas la fonction, il ne fait que la rendre possible, en faciliter l’expression. L’intelligence, pour s’exprimer, pourrait en théorie utiliser aussi bien un support organique, comme le cerveau, « qu’artificiel » comme des circuits électroniques imprimés sur du silicone, comme c’est déjà le cas aujourd’hui, ou autre chose d’encore mieux adapté.

Alors, si l’on pousse le raisonnement un peu plus loin, serait-il possible d’imaginer l’émergence d’une intelligence définitivement affranchie des imperfections inhérentes au support, qu’il soit organique comme minéral, une sorte d’intelligence absolue ?

On pourrait objecter que l’intelligence est créée par le support lui-même dans le cas du cerveau humain. Je pense que pour répondre à cette question il faudrait étudier les deux volets que sont d’une part l’individu, et de l’autre, la trajectoire évolutive des structures organiques sur des millions d’années.

Justement, en guise de conclusion, il me vient une réflexion qui fait froid dans le dos. Imaginons que nous puissions effacer les 600 millions d’années « d’existence » de la vie sur Terre et que nous reprenions tout à zéro à partir des conditions physico-chimiques primordiales, celles-là mêmes qui ont présidé à l’apparition de la vie sur Terre. A quoi « ressemblerait » l’intelligence générée par une évolution dont les paramètres seraient, ne serait-ce qu’un tout petit peu différents ? Qu’en serait-il de la vie sur terre ? Évoluerait-elle à l’identique au « premier jet », le « nôtre » ? Il très probable que non ! Les formes de vie et les formes d’intelligence consécutives, si elles parvenaient à émerger, seraient probablement très différentes de ce que l’on connait de nos jours. De toutes façons, ce serait neutre pour nous en tant qu’espèce, et à plus forte raison en tant qu’individu, car, dans 600 millions d’années, plus personne ne sera là pour constater « qu’il était une fois l’Homme » !